| | Hubert Chesneau, l'architecte du projet Golf National, nous raconte l'histoire et la naissance de ce site hors du commun.
Dès le début des années 80, la Fédération avait en projet de construire son propre golf.
Il a fallu attendre le 27 septembre 1985 pour que le Comité de la FFGolf et son Président, Claude-Roger Cartier, votent sa création et ce n'est que le 5 octobre 1990 que le Golf National fut inauguré. |
Comment est né le Golf National ?
Au début des années 80, l’Open de France prenait de l’ampleur, le Président de la FFG de l'époque, Claude-Roger Cartier, avait souvent évoqué le besoin "montant" d’un site permanent pour l’Open, d’autant que chaque année la recherche d'un terrain d`accueil devenait plus difficile. Il se trouve qu'en 82/83, lorsque j'étais Président de la Commission Sportive Nationale et encore architecte, "en ville", j'avais déjà esquissé un "Centre Fédéral" qui comprenait un parcours de championnat. En outre, j’ai toujours aimé suivre le British Open tout en regrettant, sauf peut être à Birkdale, que ses parcours, très plats, nécessitent toujours de nombreuses tribunes. J’ai aussi découvert, à cette même période, les TPC américains (Tournament Players Course) et particulièrement celui de Scotsdale, près de Phénix. Tout ceci m’a poussé à penser ce stade de golf « naturel », site Fédéral.
Comment s'est il décidé?
Les choses se sont précisées à un moment dont j'ai un souvenir précis. C`était en juin 85, ponctué par quelques problèmes de coronaires, hospitalisation et pontages, au milieu desquels j'ai eu une "permission" de trois jours dont j'ai profité pour passer un moment au golf de Saint Germain où se déroulait le Peugeot Open de France. C'était le samedi, troisième jour de l'Open, il y avait beaucoup de monde, Langer se dirigeait vers la victoire, le besoin d'espace commença réellement à se faire sentir et le projet prit corps.
L’idée progressa doucement jusqu'à ce que, évoquant le succès du Trophée XR3 de la Boulie (un match exhibition avec Ballesteros et Nicklaus), Claude Roger Cartier..." souhaite que soit créé le plus rapidement possible le golf fédéral dont la FFG a grand besoin" (Réunion du bureau directeur de la FFG du 27 septembre 1985).
Entre temps un terrain nous avait été proposé par la Caisse des Dépôts et Consignations à Palaiseau, mitoyen de l'Ecole Polytechnique. Les premières approches des élus et des administrations semblaient plutôt positives jusqu'à ce que certains responsables de la Direction Départementale de l'Agriculture, malgré l'accord du propriétaire, de l'exploitant et de la Chambre d'Agriculture, avancent le maintien de la vocation agricole de ce terrain. Claude Roger Cartier et moi-même comprîmes ce jour là qu'il serait nécessaire de chercher un autre terrain...
Alors pourquoi Saint Quentin en Yvelines ?
Nous avions opté pour l'Ouest/Sud Ouest de la région parisienne. Quelques années auparavant, j'avais construit dans la ville nouvelle de St Quentin en Yvelines et réalisé le golf public du même nom. Pour mes confrères Urbanistes et Architectes de la Ville Nouvelle de St Quentin, j'avais dessiné un golf de 36 trous, sur un terrain qu'ils souhaitaient préserver comme "porte verte", uniquement pour qu'il figure sur tous les plans d'ensemble et empêche ainsi toute éventuelle pression pour transformer cet espace en zone d'habitation ou activités.
A tout hasard, je repris donc contact avec l'Etablissement Public d'Aménagement sans trop espérer que le terrain d'alors aura été maintenu dans sa destination première. Il était toujours libre et aucun aménageur ne s'était encore montré.
Grâce à quelques uns, au sein de l'EPA , les choses allèrent bon train. J'ai alors établi un avant projet comprenant 2 parcours de 18 trous, un practice, un centre d'entraînement, un hôtel et le siège de la FFGolf que nous présentâmes aux trois maires des communes sur lesquelles se répartissait le terrain . Ceux ci accueillirent très favorablement notre projet, mais chacun souhaita que les constructions soient implantées sur sa commune... C'est pour cette raison que le Novotel a finalement été construit à Magny les Hameaux, et les locaux de la FFGolf à Guyancourt, la limite des communes passant au beau milieu du préau d'accueil du Golf National.
Nouveaux calques, nouvelle esquisse, nouvelle présentation aux administrations et maires, et en mai 1986 un accord de principe général qui permettra la présentation du projet au Comité Directeur du 27 juin 1986 et son soutien unanime. Le départ était enfin réellement donné et je n'attendis pas longtemps pour me remettre sur la planche avec l'aide inestimable de Pierre Thevenin avec qui nous dressâmes les premiers vrais plans de mise en formes globale.
Parallèlement notre Président, Claude Cartier, présentait le projet au Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et Sports, Monsieur Bergelin, à la Région Ile de France ainsi qu'au Président du Conseil Général des Yvelines, et obtenait les subventions que nous espérions pour réussir le montage de l'opération. Il se battit encore, allant jusqu'au Cabinet de Monsieur Jacques Chirac, alors Premier ministre, pour arrêter un prix raisonnable des loyers des terrains, propriété de l'Etat, que nous prenions pour 99 ans...
Pourquoi ce terrain totalement plat ?
En effet cela peut paraître surprenant lorsque l'on projette de créer un grand golf, de choisir un terrain plat et nu mais il ne s'agissait pas d'un golf comme les autres. Mon objectif était de créer un stade de golf susceptible de recevoir de grandes épreuves, dans d'excellentes conditions d'accueil et visibilité pour de nombreux spectateurs et les médias, tout particulièrement la télévision.
Stade de golf voulait donc dire tribunes ou gradins autour des greens et départs principaux, et parcours de difficulté adaptée aux plus grandes épreuves. Sauf quelques rares terrains, ou les traditionnels parcours du bord de mer britanniques, dont les mouvements de dunes sont de très bons gradins naturels, un terrain offre rarement le relief et la nature parfaitement adaptés à nos objectifs. C'est pour cela que je préférais créer complètement la topographie en la modelant avec le tracé du parcours et les différentes contraintes techniques d'un tel projet; pour cela, rien ne valait un terrain plat, plat comme la feuille blanche avant le premier trait de crayon...
Il faut dire aussi que j'avais tout basé sur l'idée essentielle d'organiser l'apport de matériaux de remblai venant de l'extérieur pour créer cette topographie. J'ai recherché une entreprise partenaire avec laquelle je pourrais réaliser cette première phase de la création. C'est finalement avec Viafrance que nous organisâmes ce qui allait devenir l'une des principales décharges de matériaux inertes de l'Ouest de la région parisienne. Pour avoir pu, comme architecte de réalisations en site urbain, me rendre compte des problèmes et des coûts de transport et évacuation de terres de fouilles, j'avais bâti le concept général sur le fait que l'ouest parisien, dans la conjoncture actuelle, était un grand chantier, donc générateur de travaux, de terrassement, et de terres à évacuer pour les entreprises, et par conséquent une belle chance de trouver là le volume nécessaire au projet. Il fallait aussi que toutes ces terres d'apport soient mises en place en moins de trois ans. J'y reviendrai.
A partir de cette première esquisse, j'ai commencé à concevoir le plan d'ensemble des parcours puis échangé quelques croquis avec Robert Von Hagge, qui m'avait fait l'amitié d'accepter d'être "consultant" pour le parcours de championnat qui ne s'appelait pas encore l'Albatros. A partir de juillet 1987 s'organisa une noria infernale de 450 camions par jour apportant par tous les temps leur chargement. Si le principe en était simple, la réalisation posa de nombreux problèmes qu'il fallut gérer ou résoudre. C'était un chantier de golf mais nous dûmes créer, entretenir des pistes de chantier pour que tous les jours les camions puissent accéder, sans s'embourber les jours de pluie, quitter le site et retourner sur la voie publique avec des roues propres. Le "décrotteur" installé à cet effet a souvent fonctionné. Lorsque le temps était très sec, il fallait arroser souvent les pistes, faute de quoi les chauffeurs allaient vider ailleurs. Pour beaucoup de chauffeurs sérieux il y avait aussi quelquefois des fous du volant qui, certainement rémunérés "au tour", n'hésitaient pas à se doubler et se redoubler sur les pistes de crête. En trois mois, deux d'entre eux se retrouvèrent huit à dix mètres plus bas, heureusement sans autres dégâts que matériels. Il y avait aussi ceux qu'il fallait renvoyer car leur chargement ne comptait pas que des matériaux inertes, ou parce que, sous une couche de terre ils masquaient du végétal, ou quelquefois même des ordures ménagères.
Pendant ce temps, précédant l'avancement des buttes, d'autres bulls décapaient et stockaient la terre végétale, qui allait plus tard recouvrir le relief créé. Il fallait aussi maintenir un réseau d'écoulement naturel des eaux de pluie pour ne pas transformer les futurs fairways en marécages impossibles à travailler et placer des canalisations d'écoulement définitives sous les buttes à venir avant de commencer à les bâtir. Pendant les mois d'été 88 et 89, nous avons creusé les 9 hectares de plans d'eau, mis en place les terres qui en provenaient, et remodelé les fils d'eau qui devaient couler vers eux.
A la fin du printemps 88, l'entreprise Benedetti s'installa sur le chantier sous la direction de Philipe Mahé. Les travaux spécifiques du golf pouvaient commencer. Trou par trou, les gros mouvements de terre furent réalisés, les plates-formes de départ créées, les fonds de forme des greens dressés, les bunkers creusés. Il faut préciser que le sol, limon fin à caractère argileux, est plus familièrement appelé "terre amoureuse". Combien de fois Philippe Mahé et ses conducteurs d'engins m'ont ils entendu dire»: est-ce que ça coule?" Ce ne fut pas toujours facile, mais alors que le terrain original ne présentait que 4,50m de dénivelé général, ils ont réussi à garder l'eau aux endroits où je l'avais souhaité. Je dois d'ailleurs leur rendre hommage, car ni Manuel, ni Fabrice, ni Gérald ne semblent avoir besoin de technique compliquée pour tirer un fil d'eau de 5 mm de pente par mètre sur 200 m de long. A les observer, il suffit de descendre de son bulldozer de temps en temps, de s'accroupir en plissant les yeux, et le tour est joué ! Facile à dire... mais très impressionnant !
Pendant ce temps l'entreprise CC Perrot creusait des tranchées dans tous les sens, déroulait des tuyaux et des câbles électriques, posait des arroseurs et construisait la station de pompage. Puis arriva l'équipe des "espaces verts" qui devait maintenant recouvrir cet énorme tas de terre plissée d'un tapis vert pour golfeurs exigeants. Le matériel n'était plus le même, plus petit, plus léger, plus délicat, quelquefois original car inventé et mis au point par leurs utilisateurs pour un résultat meilleur. Les premiers semis eurent lieu en septembre 89. Nous dûmes les suspendre vers le 10 novembre 89. Ils furent de nouveau possibles en avril 90 et Christophe et ses hommes avaient comme objectif de terminer tous les semis de l'Albatros avant le 10 juin 90. Le green du 17 a été semé le 9 ! Depuis les premiers semis, l'intendant de terrain du Golf National, et son équipe constituée petit à petit, veillent sur tout ce qui pousse, ou ne pousse pas, en espérant la pluie qui ne vint pas pendant 3 mois et en déplorant qu'elle fut si violente pendant l'orage du 27 juin 90. Il faut dire qu'entre temps la décision d'organiser le Ford Classic les 6 et 7 octobre 90 avait été prise, confirmée, puis publiée. Et ce 27 juin, le ciel nous déversa 32 mm d'eau en 25 minutes, transformant certains trous en fleuves puissants et emportant graines et terres des buttes que nous venions de semer.
Bientôt, Greg Norman drivera au 1 et battra le record du parcours que je détiens depuis les cinq départs mais qui m'a tout de même déjà coûté pas mal de balles.
Hubert Chesneau