HNA Open de France

Un événement annuel

Plus grand rendez-vous de la saison golfique en France, l’Open de France est surtout l’une des plus importantes étapes du circuit européen. Pourquoi ? Décryptage de l’organisation du golf pro masculin en Europe.

En Europe, le golf professionnel masculin est organisé selon un système pyramidal divisé en trois étages. Au sommet de la structure, le circuit européen (« European Tour » en anglais) regroupe l’ensemble des tournois les plus importants et les mieux dotés. Ce circuit regroupe les meilleurs golfeurs européens, ainsi que des joueurs originaires des Amériques, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie. En fin de saison, les 110 premiers au classement de la « Race to Dubai » conservent leurs droits de jeu pour l’année suivante.

Au deuxième étage de l’édifice se trouve le « Challenge Tour », qui fait figure d’antichambre de l’élite. En 2015, il comprend 25 tournois répartis dans 20 pays, dont trois disputés sur le sol français. C’est un circuit dur et exigeant, où se côtoient des jeunes loups en quête d’une accession rapide parmi l’élite et des joueurs expérimentés qui cherchent à revenir au sommet. Les dotations sont nettement moins importantes que sur l’European Tour, et seuls les 15 premiers à l’issue de la saison accèdent au circuit européen l’année suivante.

Enfin le socle de la pyramide du golf européen est constitué par quatre circuits dits « satellites » ayant pour vocation de permettre aux jeunes professionnels de s’aguerrir. Chacun couvre une zone géographique distincte du Vieux Continent, l’Alps Tour étant celui qui concerne la France – qui en accueille 5 épreuves en 2015. La compétition y est rude, les dotations faibles, et seuls les cinq premiers du classement en fin de saison accèdent au Challenge Tour l’année suivante.

Quant à l’Open de France, comment s’intègre-t-il dans cette architecture ? C’est très simple : il appartient au circuit européen, depuis la création de ce dernier en 1972. Mais surtout, son statut de plus ancien open national d’Europe continentale (il a été disputé pour la première fois en 1906), son palmarès illustre, son parcours d’exception et sa conséquente dotation de trois millions d’euros en font l’un des plus grands rendez-vous de l’année.

1906 : Naissance du Grand Championnat Omnium

C’est au tournant du XXe siècle que germe dans l’esprit des dirigeants du Golf de Paris l’idée de créer une grande compétition internationale. Présent dans l’Hexagone depuis un demi-siècle déjà (le Pau Golf Club a été fondé en 1856), le sport se développe lentement mais sûrement sous l’impulsion des nombreux Britanniques séjournant en France. Sous la houlette du président Pierre Deschamps, le « Grand championnat omnium » est organisé pour la première fois les 30 juin et 1er juillet 1906 sur le terrain de La Boulie, inauguré quatre ans plus tôt. S’inspirant de l’Open britannique, son prestigieux aîné créé en 1860, le tournoi porte en sous-titre la mention « Open championship of France ». Malgré l’absence des trois meilleurs golfeurs de l’époque – Harry Vardon, John H. Taylor et James Braid – l’événement est un succès, d’autant plus qu’il est remporté par le professionnel français Arnaud Massy.

L’avant-guerre : invasion britannique, résistance française

Ce Basque de naissance rivalise depuis quelques années déjà avec les meilleurs Britanniques, comme l’illustrent ses performances au British Open en 1902 (10e), 1905 (5e) et 1906 (6e). L’année suivante, Massy réalise le premier doublé British-French de l’histoire, s’imposant à Hoylake le 21 juin et conservant son titre à La Boulie le 30. Piqués au vif par l’exploit du Français, les meilleurs joueurs d’outre-Manche se font un devoir de tenter leur chance en France dans ce qui ne tarde pas à s’imposer comme la deuxième épreuve de golf d’Europe en termes de prestige. En 1908, l’Anglais Taylor est le premier d’entre eux à s’imposer. Il récidive l’année suivante et obtient le privilège d’être le premier à soulever le trophée officiel, une massive coupe en argent offerte par la veuve d’Edward George Stoïber, un riche Américain impliqué dans la création du Golf de Paris. D’autres vainqueurs ou futurs vainqueurs du British Open succèdent à Taylor : les Écossais Braid (1910) et Duncan (1913 et 1927). Deuxième en 1908 et 1910, Massy s’impose pour la troisième fois à domicile en 1911. L’année suivante voit la victoire surprise de son compatriote Jean Gassiat, aux dépens notamment de John McDermott, premier natif américain vainqueur de l’US Open en 1911 et 1912.

Les années 1920 : les Anglais maîtres de France

Au lendemain de la Première guerre mondiale, le golf – comme les autres sports – reprend ses droits. L’édition 1920, la première post-conflit, revient à la star américaine Walter Hagen. Déjà deux fois lauréat de l’US Open, Hagen alors âgé de 28 ans traverse l’Atlantique pour la première fois de sa carrière avec l’ambition de devenir le premier yankee à remporter le British Open. S’il échoue au Royal Cinque Ports cette année-là, « the Haig » se console en s’imposant à La Boulie dans la foulée. Il reviendra à plusieurs reprises en France, terminant notamment second en 1924. Les années 1920 et le début des années 1930 sont marquées par une forte domination britannique : Aubrey Boomer, joueur anglais résidant en France, s’impose à cinq reprises (1921, 1922, 1926, 1929 et 1931), battant le record de Massy victorieux une quatrième et dernière fois en 1925. Sacré en 1924 et 1928, l’Anglais Cyril Tolley demeure quant à lui le seul amateur à s’être imposé à l’Open de France.

1930-1970 : l’internationalisation du « French Open »

Au cours des années précédant la Seconde guerre mondiale, le palmarès du tournoi prend peu à peu une connotation plus internationale : le Sud-Africain Sid Brews signe le doublé en 1934 et 1935, et l’Argentin Martin Pose devient en 1939 le premier golfeur d’Amérique du Sud à gagner en Europe. Entre les deux, un Français réalise le seul triplé de l’histoire du tournoi : non pas Auguste Boyer, trois fois second en 1930, 1933 et 1934, mais Marcel Dallemagne, vainqueur à Saint-Germain en 1936, Saint-Cloud en 1937 et Fourqueux en 1938. L’internationalisation se poursuit après la guerre avec des victoires italiennes (Ugo Grappasonni en 1949), argentines (Roberto de Vicenzo en 1950, 1960 et 1964), égyptiennes (Hassan Hassanein en 1951), sud-africaines (Bobby Locke en 1952 et 1953, Denis Hutchinson en 1966), belges (Flory Van Donck en 1954, 1957 et 1958), américaine (Byron Nelson en 1955), espagnoles (Angel Miguel en 1956, Ramon Sota en 1965), galloises (Dave Thomas en 1959), australiennes (Kel Nagle en 1961, Alan Murray en 1962, Bruce Devlin en 1963, David Graham en 1970) et taïwanaises (Lu Liang-Huan en 1971). En 1967, Bernard Hunt est le premier Anglais à s’imposer depuis le doublé du grand Henry Cotton en 1946-1947. Côté français enfin, Jean Garaïalde signe en 1969 la première victoire tricolore dans l’épreuve depuis le succès de Firmin Cavalo en 1948.

Ballesteros, Norman, Lyle, Faldo, Langer et les autres

L’année 1972 marque la naissance du circuit européen tel que nous le connaissons encore aujourd’hui, et l’Open de France fait naturellement partie du calendrier. Il continue à consacrer de grands champions de l’époque, tels l’Anglais Peter Oosterhuis (1973 et 1974) et l’Écossais Brian Barnes (1975). En 1977 au Touquet, le jeune Espagnol Severiano Ballesteros remporte le deuxième de ses 50 succès sur l’European Tour, et le premier de ses quatre Opens de France. La victoire de « Seve » marque le début de quinze années de faste au palmarès du tournoi : Dale Hayes puis Bernard Gallacher lui succèdent, puis c’est au tour des légendaires Greg Norman, Sandy Lyle, Nick Faldo et Bernhard Langer d’inscrire leur nom sur le trophée. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, d’autre légendes – Robert Allenby, Retief Goosen, Sam Torrance, Colin Montgomerie et José Maria Olazábal – soulèvent à leur tour la coupe.

Le XXIe siècle : une tradition de prestige bien entretenue

Après une période de transition entre 2002 et 2008 marquée par le doublé historique de Jean-François Remésy (2004 et 2005) et le sacre surprise en 2008 de l’Espagnol Pablo Larrazábal, issu des qualifications, le tournoi retrouve des vainqueurs de prestige. L’Allemand Martin Kaymer en 2009, l’Espagnol Miguel Ángel Jiménez en 2010, notre Thomas Levet national en 2011, l’Allemand Marcel Siem en 2012, le Nord-Irlandais Graeme McDowell en 2013 et 2014 et l’Autrichien Bernd Wiesberger en 2015, apportent chacun à leur tour un peu plus d’éclat au riche palmarès de l’Open de France. Il y a fort à parier qu’avec la Ryder Cup 2018 au Golf National à l’horizon, la coupe Stoïber devrait s’orner de quelques autres noms illustres dans un avenir très proche.

L’entrée du tournoi dans les Rolex Premier Series

HNA est un groupe leader dans différents secteurs comme le tourisme, les finances ou l’aéroportuaire. Il devient le partenaire titre de l’Open de France à partir de 2017, pendant 5 ans. 7 millions de dollars seront versés, c’est à dire environ 6,6 millions d’euros.
L’épreuve qui est la plus ancienne d’Europe (depuis 1906) franchit un cap et intègre les Rolex Premier Series, un enchaînement de très grands tournois à forte dotation, ce qui permet d’attirer des joueurs du monde entier.